L'Odyssée
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Stupéfait, Ulysse contempla le magnifique palais.  Les murs en étaient recouverts de bronze et les portes étaient en or.  Des chiens d'or et d'argent étaient placés de part et d'autre de l'entrée principale.  Tout autour du palais, il y avait un parc merveilleux, empli de poires juteuses, de figues, de pommes et de grappes de raisin.  Ces fruits ne pourrissaient jamais et les branches des arbres donnaient des fruits tout au long de l'année. 
Dans la plus grande salle du palais, les nobles Phéaciens, invités par le roi, partageaient avec lui un superbe repas.  Ulysse parvint sans être vu à s'approcher du couple royal.  Alors Athéna lui ôta son voile de brume, et Ulysse se jeta aux pieds de la reine. 
«O Reine,» s'exclama-t-il, «je vous supplie de me venir en aide.  Pendant de longues années j'ai erré à travers le monde. Je voudrais tant revoir mon pays natal, pourtant je ne puis parvenir à y rentrer.  Aidez-moi à m'en retourner chez moi. Si vous faites cela, que les dieux déversent sur vous des trésors de bonheur.» Il termina ainsi son discours et s'assit sur les cendres voisines du feu.Tout le monde cessa de parler et le silence total se mit à régner.  Un Phéacien finit par s'écrier : 
« Il n'est pas convenable, ô roi Alcinoos, de laisser notre invité assis par terre, dans la poussière. Qu'il s'asseye comme nous sur un siège.Qu'on lui verse du vin dans une coupe, et qu'on lui apporte à manger.» Le roi approuva cette suggestion. Il prit par la main Ulysse, l'installa sur une chaise à côté de lui et s'occupa de lui personnellement.  Il promit aussi de veiller à ce que son invité puisse s'en retourner dans son pays natal. 
A la fin du repas, quand Ulysse resta seul avec le couple royal, la reine ne put s'empêcher de lui demander d'où venaient les magnifiques vêtements qu'il portait : elle reconnaissait le travail qu'elle avait fait elle-même avec l'aide de ses servantes.  Ulysse raconta au roi et à la reine la vérité : sa dernière aventure avec la nymphe Calypso, son naufrage, et comment il avait été secouru par leur fille.  Il se garda seulement de révéler son nom. Le roi l'écouta avec la plus grande attention.  Il aurait rêvé d'un tel mari pour sa fille; mais il avait donné sa parole d'aider l'étranger à rejoindre sa patrie.  Le roi et la reine prirent finalement congé du héros, et chacun alla se coucher. Bientôt, Ulysse, étendu dans un lit moelleux, laissa le sommeil effacer tous ses soucis.
Ulysse à la cour d'Alcinoos
Francesco Hayez
1791-1882