L'Odyssée
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«Que vous soyez une déesse ou une créature humaine, ne partez pas, je vous en prie, mais aidez-moi.  La tempête m'a jeté sur cette côte, je suis un marin naufragé. je ne connais personne ici et n'ai même pas la moindre idée de l'endroit où je me trouve. Ayez pitié de moi, donnez-moi des vêtements et montrez-moi le chemin de quelque demeure humaine. Les dieux vous récompenseront et vous accorderont tout ce que vous voudrez» 
Nausicaa répondit sans crainte. 
« Etranger, tu ne me sembles pas être un méchant homme. je veux t'aider. je suis la fille du roi des Phéaciens, Alcinoos, et je vais te montrer le chemin de notre capitale. Tu as imploré ma bonté, et je ne te décevrai pas.» 
Sur ces mots la fille du roi rappela ses servantes et leur ordonna d’ apporter des vêtements pour Ulysse.  Celui-ci prit un bain dans la rivière et s'habilla. Sa protectrice, la déesse Athéna, le gratifia d'un aspect particulièrement séduisant : il ressemblait à un dieu. Nausicaa et ses suivantes furent stupéfaites de voir quel changement s'était opéré en lui. Elles lui donnèrent à manger et à boire : Ulysse put apaiser sa faim et étancher sa soif. 
Les servantes chargèrent le linge et les vêtements secs dans le char de Nausicaa, qui y prit place.  Ulysse suivit derrière avec les servantes. 
Quand ils arrivèrent près de la cité, Nausicaa dit à Ulysse: 
« Je suis désolée, étranger, mais il ne faut pas que tu pénètres avec nous dans la cité.  Attends ici, dans ces bois qui te cachent, et ne cherche à pénétrer en ville que quand nous aurons disparu depuis quelque temps.  Si les Phéaciens me voyaient arriver avec un étranger, ils diraient que je ramène un mari qui n'est pas de notre pays. Tu trouveras facilement le palais royal tout seul. Va trouver ma mère et demande-lui son aide. Si elle accepte, tu reverras certainement ton pays natal.» 
Les serviteurs de la fille du roi disparurent bientôt derrière les murailles de la cité. Ulysse sortit de sa cachette et pénétra enfin dans la ville. La déesse Athéna l'enveloppa dans un léger brouillard, de telle sorte que les Phéaciens ne puissent l'apercevoir et l'arrêter. Elle lui apparut sous l'aspect d'une jeune fille qui lui montra le chemin du palais du roi. 
Nausicaa escortant Ulysse
 illustration de John Flaxman (1810)