L'Odyssée
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Chant VI à VIII : Chez Alcinoos 
Il rassembla ses dernières forces et parvint à se traîner à terre, à l'endroit où un petit cours d'eau se jetait dans la mer.  Une fois en sécurité, il s'évanouit et s'effondra sur le sol.  La fraîcheur de la nuit l'éveilla, car il avait perdu tous ses vêtements dans la tempête.  Il alla dans un bois d'oliviers, fit un tas avec des feuilles tombées des arbres, et s'y installa comme dans un lit.  A peine couché, il sombra dans un sommeil profond.  Il ne savait pas qu'il dormait sur le territoire des Phéaciens. 
Pendant qu'il dormait, la déesse Athéna continuait à se préoccuper de son retour au pays natal.  Elle alla en hâte au palais du roi des Phéaciens, Alcinoos, et se mit en quête de sa fille Nausicaa.  La belle Nausicaa était endormie dans son lit, et même endormie elle ressemblait à une déesse.  Athéna se pencha au-dessus d'elle et lui suggéra un rêve. Dans ce rêve elle lui donna l'idée d'aller le lendemain matin avec ses servantes jusqu'à la rivière pour laver ses magnifiques vêtements. Les rayons du soleil du matin dissipèrent le rêve et Nausicaa s'éveilla.  Elle alla trouver son père, et lui demanda de lui faire préparer un char. 
Aidée de ses servantes, elle chargea le char de vêtements, et se mit en route vers l'embouchure de la rivière comme son rêve de la nuit lui en avait donné l'idée.  Elle conduisait seule son char; les servantes la suivaient à pied.  Bientôt, les vêtements furent lavés.  Quand tout fut fini, les jeunes filles se baignèrent et prirent un léger repas. 
Puis Nausicaa lança une balle à une jeune fille qui se trouvait près de la rivière, et Athéna dirigea la balle de façon telle qu'elle tombe au milieu du courant.  Toutes les jeunes filles se mirent à crier et ces cris réveillèrent Ulysse. 
D'abord, il eut peur d'avoir encore abordé dans un pays habité par d'affreux géants, mais il distingua vite les voix des jeunes filles.  Il cassa une branche assez touffue pour cacher sa nudité, et sortit des buissons.  A peine les jeunes filles l'avaient-elles aperçu que leurs cris redoublèrent et qu'elles s'enfuirent à toutes jambes.  Ulysse était sale, boueux, et, avec la branche qu'il tenait devant lui, ressemblait davantage à un spectre qu'à un homme de chair et d'os.  Seule, Nausicaa ne s'enfuit pas : Athéna lui avait inspiré suffisamment de courage.  Ulysse ne bougea pas et, de loin, pour ne pas effrayer Nausicaa, il commença à plaider sa cause : 
Ulysse et Nausicaa
 P. Lastman 
 Alte Pinakothek Munich