L'Odyssée
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Chant XXII: Le massacre des prétendants
Il retourna alors près des prétendants et déclara qu'il voulait tenter l'épreuve. Antinoos se moqua de lui, mais Pénélope le fit taire et accepta de donner sa chance au mendiant. Télémaque la somma alors de regagner sa chambre et de laisser les hommes entre eux, afin qu'elle n'assistât pas au massacre.Ulysse prit l'arc.  Il l'examina soigneusement et parut tirer à peine la corde.  Celle-ci chanta comme une hirondelle.  Alors un puissant coup de tonnerre retentit dans le ciel : Zeus lui-même manifestait ainsi sa bienveillance au héros. Celui-ci saisit une flèche, tendit l'arc d'une main ferme, et sa flèche traversa les douze haches. Les prétendants, stupéfaits, pâlirent, et eurent à cet instant le pressentiment qu'il allait leur arriver un grand malheur.
Télémaque saisit son épée et sa lance et se mit au côté de son père. Ulysse rejeta ses haillons de mendiant, déposa ses flèches devant lui et s'exclama d'une voix terrible : 
« Le premier concours est fini.  Maintenant je vais choisir une cible que personne n'a encore atteint.» Sur ces mots, il tendit à nouveau son arme et une flèche partit.  Antinoos venait à peine d'élever une coupe de vin à ses lèvres quand le trait lui transperça la gorge. Pris de panique, les convives cherchèrent leurs armes mais ne purent les trouver : on les leur avait subtilisées. 
« C'est Ulysse qui se tient devant vous » cria le héros aux prétendants terrifiés.Il est venu vous punir de vos forfaits. Vous n'avez craint ni  dieux ni  hommes, maintenant l'heure est venue de payer.» 
Il banda son arc, tirant flèche après flèche et chacune atteignait son but. Les uns après les autres les prétendants, gorgés de vin et de chair, tombaient à terre. 
Le massacre des prétendants par Ulysse et Télémaque  Louis Vincent Palliere.  1787-1820
Télémaque bondit dans la salle d'armes et rapporta des glaives aux fidèles bergers. Mais dans son émotion, il oublia de refermer la porte et un serviteur félon en profita pour rapporter aux prétendants survivants des épées et des lances. Mais il ne put renouveler son exploit car les bergers se saisirent de lui et l'enfermèrent. Ulysse sentit son courage l'abandonner lorsqu'il vit tant d'armes dressées contre lui. Mais à ce moment Pallas Athéna lui vint en aide : tous ses ennemis ratèrent leur cible. Une lance atteignit la porte, une autre le mur, mais aucune d'elles ne blessa le héros ou ses compagnons.