L'Odyssée
Page 21 sur 42
«Fuyons pendant que cela est encore possible,» conseilla-t-il à Ulysse, «seuls les dieux savent quel nouveau danger nous guette ici.» 
«Nous ne pouvons pas abandonner nos amis » répondit le héros. Il demanda à son barreur quel chemin il avait suivi et il partit seul, bien armé, à la recherche de ses hommes. 
Il rencontra en cours de route un beau jeune homme sous les traits duquel il reconnut le dieu Hermès.  Celui-ci lui saisit la main et lui dit : 
«Pourquoi te dépêches-tu ? Crois-tu que sans un concours divin tu pourras aider tes compagnons, changés en porcs par la magicienne? Moi, je suis prêt à t'aider.» Il se pencha et ramassa une herbe à la racine noire, ornée d'une fleur blanche. «Cette plante,» dit-il, «s'appelle le moly, elle te permettra de résister au pouvoir magique de Circé. Prends-la. Lorsque la jeune femme te touchera avec sa baguette magique, dégaine ton épée et jette-toi sur elle comme si tu allais la tuer. Tu pourras alors obtenir facilement d'elle le serment qu'elle ne te fera aucun mal. Plus aucun danger ne te menacera et tu pourras retrouver tes marins.» 
Sur ces mots, Hermès disparut. Ulysse, songeur, s'avança vers la maison. La magicienne l'accueillit à la porte, l'invita à entrer et avec un sourire lui tendit un breuvage magique. A peine eut-il fini de le boire qu’elle le frappa avec impatience de sa baguette magique en lui ordonnant d'une voix dure: 
«Va dans la porcherie rejoindre tes amis.» 
Mais cette fois le philtre n'eut aucun effet, car le héros était protégé par l'herbe divine. Suivant les conseils du jeune dieu, il brandit son épée comme s'il allait la décapiter. Stupéfaite et terrorisée, Circé tomba à genoux et lui enlaça les jambes : 
«Ciel » s'écria-t-elle. « n'es-tu pas Ulysse dont on m'a prédit la venue ? Si tu es cet homme, range ton glaive et soyons amis.»
Ulysse et Circé
 Jordaens Jacob 
Kunstmuseum,Bâle , Suisse