L'Odyssée
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Circé 
A l'aube du troisième jour, Ulysse prit une lance et un glaive et s'enfonça au cœur du pays. Il découvrit bientôt un chemin et remarqua un filet de fumée qui s'élevait au-dessus de la cime des arbres. Comme il revenait auprès de ses hommes, un énorme cerf traversa sa route. Le héros le tua d'un coup de lance et rejoignit la troupe entraînant son fardeau. Les marins affamés se réjouirent de l'aubaine et se gavèrent de viande grillée. Le sommeil et la nourriture leur redonnèrent force et courage. Après le repas, Ulysse divisa sa petite troupe en deux détachements. Lui-même prit la tête du premier et il donna le commandement de l'autre au barreur Euryloque. Puis ils tirèrent au sort, pour décider lequel des deux groupes irait explorer l'intérieur du pays. La mission échut à celui d'Euryloque qui partit non sans crainte vers la forêt. Ils ne pouvaient s'empêcher de penser à ceux de leurs compagnons qui avaient disparu dans de semblables randonnées chez les Cyclopes et les Lestrygons. Aussi n'avançaient-ils qu'avec prudence et lenteur. 
Ils atteignirent bientôt une clairière au milieu de laquelle s'élevait une grande maison. Des loups et des lions paissaient autour de l'habitation, mais ils n'attaquèrent pas les étrangers. Bien au contraire, ils les fêtèrent comme des animaux domestiques se réjouissent du retour de leur maître. Une douce mélodie s'échappait de la maison, qui appartenait à la magicienne Circé, maîtresse de ce domaine.
Elle ouvrit sa porte aux Grecs et les invita à entrer. Ceux-ci se sentirent incapables de résister à ses appels et pénétrèrent dans la maison. Euryloque, méfiant, fut le seul à rester dehors. 
La magicienne fit asseoir ses invités et leur prépara des mets délicieux accompagnés de miel et de vin fort. Sans être vue, elle y ajouta aussi un liquide magique. 
Les marins avalèrent le tout de fort bon appétit. Soudain., leur apparence commença à se transformer. D'abord leur peau se couvrit de soies, puis leurs têtes s'allongèrent et prirent la forme de groins de cochons, enfin, tout grognant, ils se retrouvèrent à quatre pattes.  Circé, armée d'une baguette, les conduisit dans la porcherie où ils reçurent des glands et des épluchures. 
Après avoir attendu en vain ses compagnons, Euryloque décida de rejoindre le navire car il se doutait qu'un mauvais sort les avait frappés.
Circé et les compagnons d'Ulysse
Briton Rivière