L'Odyssée
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«Nous sommes Grecs,» dit Ulysse en s'avançant bravement. «Nous revenons de la ville de Troie que nous avons conquise et nous te demandons l'hospitalité. Tu sais aussi bien que nous que les dieux commandent de traiter les invités avec respect.» Polyphème éclata de rire et toute la caverne trembla:
« Les dieux ? Ils commandent ? je n'ai que faire de tes dieux ! Nous, les Cyclopes, nous sommes plus forts qu'eux et je suis le plus grand des Cyclopes. Nous faisons ce qui nous plaît, comprends-tu ? Et où avez-vous débarqué? Parle!» le rusé Ulysse comprit qu'il était préférable que le géant n'apprenne pas où était leur bateau. 
«Nous n'avons pas de navire,» répondit-il, «Poséidon, le roi des mers, a jeté notre vaisseau contre un rocher, et nous sommes les seuls rescapés; tous les autres sont morts.» 
Le Cyclope ne dit rien, il tendit en silence la main et se saisit de deux Grecs qu'il dévora avec une satisfaction évidente.  Puis il but du lait de chèvre et s'installa pour la nuit, au milieu de son troupeau. 
Les héros furent glacés d'horreur. Le souvenir de cet effroyable repas les empêcha de dormir. Ils implorèrent avec désespoir l'aide de Zeus.Quant à Ulysse, il se demandait s'il ne devrait pas tuer avec son épée le géant endormi. Mais s'il le supprimait, qui déplacerait le rocher qui bouchait l'entrée de la caverne ? En réunissant toutes leurs forces ils n'y arriveraient pas. 
Le lendemain matin, le monstre ralluma le feu, et procéda à la traite des brebis et des chèvres.  Puis il s'empara à nouveau de deux Grecs et les mangea pour son petit déjeuner. Lorsqu'il eut avalé la dernière bouchée, il repoussa le rocher comme si c'était une petite barrière, fit sortir son troupeau et referma la caverne derrière lui de façon à ce que ses prisonniers ne puissent s'échapper. 
Les malheureux captifs s'assirent tristement autour du feu qui achevait de se consumer en attendant avec anxiété le retour du Cyclope.  
Seul Ulysse ne cessa pas d'élaborer des plans d'évasion. Les idées lui venaient les unes après les autres, mais il les repoussait toutes car elles présentaient trop de risques.Tandis qu'il examinait la grotte à la recherche d'une issue, il aperçut la massue du géant, qui était posée ,contre la paroi. Elle était aussi grande que le mât d'un puissant navire. Alors qu'il la regardait, une ruse lui vint à l'esprit. Il tailla un morceau de bois dans le gourdin et appela ses amis pour le polir et l'aiguiser. Puis il expliqua son plan. Ils tirèrent au sort quatre hommes qui devraient aider leur chef dans sa tâche. Ensuite ils cachèrent très soigneusement l'épieu de bois qu'ils avaient préparé.Vers le soir, Polyphème revint avec son troupeau et referma l'entrée derrière lui.