L'Odyssée
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Après les jeux, on retourna au palais et le banquet interrompu reprit.  Cette fois, Ulysse lui-même invita Démodoque à chanter.  Démodoque commença un chant sur la guerre de Troie.  Quand Ulysse entendit raconter ses exploits, et notamment sa fameuse ruse du cheval, il se mit de nouveau à verser des larmes sous le coup de l'émotion.  Seul Alcinoos remarqua cela.  Il ordonna à l'aède de s'arrêter et, se tournant vers les autres convives, dit : 
« Je me rends bien compte que nous n'aimons pas tous les chants de Démodoque.  Notre invité est triste, or nous l'aimons tous comme notre frère.  Dis-nous, ô étranger, quel est ton nom, qui sont tes parents et de quel pays tu es originaire?  Après tout, il faudra bien que tu nous le dises si tu veux que nous t'y ramenions.» 
Ulysse, un peu gêné car il ne savait pas comment raconter son histoire, commença par dire qui il était. Ses paroles provoquèrent la stupéfaction des Phéaciens : c'était donc le fameux Ulysse.  Retenant leur souffle, ils écoutèrent la suite de son récit. 
Quand il l'eut achevé, personne ne bougea dans la salle pendant un long moment.  Le roi Alcinoos fut le premier à se lever.  Du fond du cœur, il souhaita au noble héros un voyage prompt et aisé vers sa patrie dont le mauvais sort l'avait tenu si longtemps éloigné. 
Le lendemain, les Phéaciens chargèrent le navire des présents que le roi et les nobles Phéaciens avaient tenu à faire à Ulysse : de magnifiques étoffes, des vases splendides et des armes superbes.  Alcinoos fit offrir une vache en sacrifice aux dieux. 
Après un repas d'adieu, le roi ordonna à ses serviteurs d'installer à la poupe du navire d'épais tapis et des coussins, de telle sorte qu'Ulysse puisse continuer à se reposer durant le voyage. 
Ulysse fit ses adieux à Alcinoos et aux si hospitaliers Phéaciens.  Rien ne pouvait plus entraver à présent le retour du héros.  Il s'embarqua, et les marins tirèrent vigoureusement sur les rames.  La côte disparut bientôt à l'horizon, et ils firent route vers Ithaque.
Départ d’Ulysse du pays des Phéaciens
Claude Lorrain,
Musée du Louvre, Paris